Avis succinct LE FAIT DU PRINCE – Amélie Nothomb

J’ai participé en 2011 à un concours d’écriture dont le sujet était le suivant : se mettre dans la peau d’un éditeur refusant un script qu’il a reçu. Le choix de l’oeuvre était libre, et l’on pouvait soit refuser un livre qui nous a passionné en réalité, soit un qui nous avait réellement déçu. J’ai choisi la seconde option, car à l’époque, je venais de terminer LE FAIT DU PRINCE d’Amélie Nothomb dont je suis fan (j’ai lu tous ses bouquins jusqu’à celui-ci), et j’avais été terriblement déçue.

Chère Mme Nothomb,
Après une lecture des plus attentives du manuscrit que vous m’avez remis, je suis au regret de vous informer que nous ne pouvons le publier.

Mais que s’est il passé? Où est passé votre humour caustique si présent dans Acide Sulfurique??? Votre intrigue démarre certes plutôt bien : une simple conversation, comme toujours des plus étrange (dans ce cas sur la mort incongrue et inattendue d’un individu chez soi), nous intègre directement dans votre univers. Tout cela laisse présager le pire qui ne prend que quelques pages à arriver. Là j’ai immédiatement pensé à votre premier roman Hygiène de l’Assassin que j’avais dévoré d’une traite : ce subtil mélange de mystère, de meurtre, d’amour, d’humour, thèmes pour la plupart récurrents dans vos œuvres.
Permettez moi l’expression mais la mayonnaise semble comme toujours bien prendre! On se dit alors être parti avec vous pour un voyage de 200pages bardé de votre univers si singulier et si prenant, enfin bref tout ce qui a fait le succès que l’on vous connait aujourd’hui.

Effectivement, je me suis immédiatement impliquée dans cette histoire jusqu’à penser comme votre héros ordinaire à qui il arrive quelque chose d’extraordinaire : que ferais-je à sa place? Personnellement le choix est vite fait mais je prends un malin plaisir à m’immiscer dans sa vie et à vouloir faire comme lui sans savoir où cela va me mener. Je m’abandonne donc à vos pages avec ce personnage principal qui m’est familier, détestant sa vie à en mourir tout comme dans Journal d’Hirondelle, et qui est prêt à tout même au pire pour en changer. On se rend très rapidement compte que le bonhomme si ordinaire va pénétrer un univers qui n’est pas le sien, un univers qui semble vous fasciner puisque que l’on le retrouve dans plusieurs de vos romans, à savoir le meurtre (voir Hygiène de l’Assassin, Journal d’Hirondelle, robert des noms propres, Acide Sulfurique, Attentat,Cosmétique de l’ennemie). Ayant trouvé ces romans très jouissifs, je me retrouve piquée d’un intérêt très vif pour cette nouvelle histoire : Ce jeune homme qui prend très facilement place dans la vie du mort qui s’avère par la suite être un tueur à gages.

Mais déjà là, le personnage féminin qui fait irruption dans l’histoire, ou du moins sa personnalité, ne me plait guère : elle est en effet à mon goût creuse, vide, bref sans aucun intérêt. Elle vit dans cette immense maison, elle est marié à cet homme qui est mort mais n’est pas sa femme! Il lui laisse cependant sa carte bleue avec laquelle elle va faire du shopping et ne s’enivre pas mais se nourrit de champagne. Cette personnalité féminine me déçoit beaucoup, on est loin de vos habituelles héroïnes hautes en couleur, qu’il s’agisse de Mercure, Les combustibles, Attentat, Antechrista ou encore Acide Sulfurique!
Et alors là les pages commence à s’égrainer lentement, et de plus en plus lentement jusqu’à déclencher chez moi des bâillements dont je n’avais encore jamais été victime en lisant l’une de vos œuvres. Cette pseudo histoire d’amour entre cette homme et cette femme, bien loin de celle d’Attentat ou de Mercure, a eu un effet soporifique sur moi. Je me suis retrouvée aux prises entre le sommeil et la colère : le sommeil pour l’ennui que me procurait l’histoire et la colère à cause de la déception que je ressentais.
Mais il est de mon devoir de lire l’intégralité du roman que vous m’avez si gentiment proposé d’éditer, et puis une partie de mon être espérait tout simplement voir surgir je ne sais quel subterfuge dont j’avais été dupe afin de voir le roman s’élever.
Mais il ne décolle pas et reste au ras du sol, l’histoire se passe alors que je n’y porte plus aucun intérêt : je tourne les pages avec souffrance afin de terminer le roman. Arrive soudain un petit sursaut d’action qui aurait pu relancer l’œuvre si malheureusement nous n’étions quasiment pas à la fin du livre.
L’histoire s’est donc passée, et les quelques lignes finales m’ont vraiment atterrées : deux personnes unies plus pour l’argent que pour l’amour et qui dépensent des millions de manière extravagante et se retrouvent ruinées en 2 ans : j’ai trouvé ça sans intérêt voire bâclé.
Autant au début du roman on suit avec intérêt les aventures du protagoniste, autant on en vient par la suite à s’éloigner pour finalement refermer le livre et penser que malheureusement nous avons perdu du temps et chose encore plus frustrante et navrante : sur un de vos romans.

J’ai toujours été fans de votre plume aguerrie et n’ai jamais hésité un seul instant à publier l’une de vos œuvres si charismatiques et emblématiques, mais là je suis déçue et au combien navrée de ne pouvoir éditer votre roman. Je reste cependant à votre entière disposition si vous souhaitez que l’on en discute d’avantage et ce sera même avec grand plaisir.

J’espère que ce refus ne ternira pas nos relations qui ont toujours été des plus agréables. Dans l’attente d’un chef d’œuvre à venir, je vous souhaite une agréable journée.

A.M

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